Nos Amis Les Animaux 85480

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85480 Bournezeau

E-mail : nala85480@hotmail.com

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A l'attention de Monsieur Nicolas HulotMinistre d'État, ministre de la Transition écologique et solidaire.


Sujet: 
L'avis de  l'association NALA 85480 sur le 
Projet d’arrêté fixant le nombre maximum de spécimens de loups (Canis lupus) dont la destruction pourra être autorisée pour la période 2017-2018


Nous sommes de l’avis qu’il faut faire tous les efforts et prendre toutes les mesures pour protéger les loups à l’état sauvage et que l’abattage de loups doit être interdit en permanence pour les raisons suivantes:

  1. Le loup est défini par l’Union Européen comme espèce “d’intérêt commun” qui doit être protégée et conservée selon les accords suivants: "La Convention sur la Conservation de la Vie Sauvage et des Habitats Naturels" (connue sous le nom de la Convention de Berne) : le loup y figure dans l’Appendice II comme espèce strictement protégée. La Directive n° 92/43/CEE du 21/05/92 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages (d’habitude appelé la Directive des Habitats): le loup y figure dans l’Annexe II (espèce d’intérêt commun dont la conservation exige la désignation de régions spéciales), et l’Annexe IV (espèces qui ont besoin de protection stricte). Deux mesures qui montrent l'importance de la conservation et de la protection des loups sans restrictions en Europe. 
  2. Les loups jouent un rôle très important dans les écosystèmes qu’ils habitent.  La présence de loups influence les populations et le comportement de leurs proies, en changeant leur mode de brouter et de chercher leur nourriture et de se déplacer sur le territoire. A son tour, cette influence s’étend aux communautés de plantes et d’animaux, jusqu’à changer l’aspect du paysage. Pour cette raison, le loup est décrit comme une espèce “clef”, dont la présence est essentielle pour maintenir la santé, la structure et l’équilibre des écosystèmes. Voir l'exemple du Parc national de Yellowstone (vidéo ci-dessous) 
  3. Selon le rapport de 2015 de la Commission Européenne des "Actions Clefs pour les populations des Grands Carnivores en Europe", la population de loups dans la région des Alpes est en augmentation mais est néanmoins caractérisée comme EN DANGER (selon la Liste Rouge IUCN d’espèces jugées comme menacées). Le rapport de 2015 fait mention de 32 meutes de loups, ce qui correspond à un peu plus de 160 animaux dont 47% (donc moins que la moitié) en France. Dans l’explication du projet d'arrêté on mentionne que: "Le dernier bilan de l’ONCFS décrivant l’état de la population de loup à la sortie de l’hiver 2016/2017 fait état des données suivantes :   57 zones de présence permanente (dont 44 meutes), à comparer à 49 ZPP (dont 35 meutes) en fin d’hiver 2015/2016 ;   un effectif total estimé après modélisation à une moyenne de 357 individus (indice entre 265 et 402) à comparer à 293 [215-372] pour 2015/2016." Comment le gouvernement explique-t-il cette énorme différence dans les chiffres? On dirait qu’on rajoute l’autre moitié de la population de la Suisse, de l’Italie etc. à celle de la France…. (voir l'image ci-dessous) 
  4. D’autres menaces pour les loups continuent à augmenter: peu de volonté d’accepter leur présence ; perte d’habitat à cause de développement de l’infrastructure ; manque de proie pour plusieurs raisons (la chasse etc.) ; la  persécution etc. Toutes ces menaces risquent d’augmenter, selon le rapport de 2015 des Actions Clefs de la Commission Européenne pour les Populations de Grands Carnivores.
  5. Il y a beaucoup de méthodes disponibles qui se sont déjà avérées efficaces pour réduire les conflits entre l’homme, son cheptel et le loup, parmi lesquelles le grillage électrique, des chiens de gardes, compensation pour des dommages subis. Des nouvelles méthodes de protection sont en développement qui pourraient éviter un tel massacre comme des colliers d'alarme ( http://www.natural-solutions.eu/blog/2015/8/3/un-collier-pour-protger-les-moutons-contre-les-attaques-de-loup- )  et les lampes flash ( https://fr.news.yahoo.com/loup-nouvelle-technique-protéger-attaques-154607160.html ) . 
  6. Tuer des loups prédateurs peut empêcher de nouveaux dommages  pendant un court période mais s’avère inefficace au long terme, car la population de loups dans la région peut se reconstituer en moins de deux ou trois ans. Si l’on tue des loups une année, pendant l’année suivante la population risque d’exploser puisqu’il y aura moins de compétition pour les ressources alimentaires disponibles. 
  7. En tuant un loup, l'on risque d'éliminer un individu haut placé dans l’hiérarchie de la meute et en conséquence d'augmenter les attaques
  8. Tuer trop de loups pourrait aboutir à la consanguinité au lieu d’établir par l’évolution une population en bonne santé. 
  9. Les loups sont très souvent accusés à tort d’avoir tué des moutons, et ceci même dans des cas où une attaque de loup est hors de question. On en fait des boucs émissaires. Nous croyons que cet arrêté et la tuerie de loups en général dérivent de « La soif des chasseurs de chasser » et d’intérêts économiques.
  10. Établir un chiffre maximal d’animaux à tuer risque d’inciter à tuer au lieu de chercher d’abord d’autres solutions. Nous considérons qu’il est précoce de déterminer un maximum d'animaux à abattre. Cela peut entraîner un abus de la situation. Il faut d’abord examiner les mesures en place pour la protection des troupeaux et exiger la mise en place ou l’extension des moyens de protection là où cela s’avère nécessaire.
  11. Par ailleurs: Établir un chiffre maximum de loups à tuer  nous semble  en contradiction avec la directive de l’Habitat qui spécifie que : Les États Membres doivent suivre un programme de protection stricte des loups, y compris l’interdiction de la capture ou de la mise à mort intentionnelles, en accord avec l’article 6 de la Convention de Bern  et l’Article 12.1.a de la Directive des Habitats.                                                                                Une dérogation n’est permise  que si certaines conditions en accord avec l’article 16.1 soient respectées. Les parties concernées de la provision précisent que : "Pourvu qu’il n’y ait pas d’alternatif satisfaisant et que la dérogation ne soit pas au détriment de la maintenance des populations des espèces concernées à un niveau favorable à la conservation dans leur aire de répartition, les États Membres peuvent déroger aux provisions des Articles 12, 13, 14 et 15 (a) et (b): (…) (b) pour prévenir des dommages sérieux, en particulier aux cultures, au cheptel, aux forêts, à la pêche, à l’eau et à d’autres types de propriété; (c) dans l’intérêt de la santé et de la sécurité publiques, ou pour toute autre raison impérative qui touche à l’intérêt public y compris d’une nature sociale ou économique et qui ont des conséquences bénéfiques de prime importance pour l’environnement ; (…) (e) pour permettre, sous des conditions strictement contrôlées, sur une base sélective et à étendue limitée, la capture ou rétention de certains spécimens des espèces dans la liste de l’Annexe IV en nombres limités définis par les autorités nationales compétentes."                                                                                                                                                                                                                                                                   Dans l’introduction du Projet d’arrêté fixant le nombre maximum de spécimens de loups (Canis lupus) dont la destruction pourra être autorisée pour la période 2017-2018 on dit: "Il prévoit de fixer chaque année, pour une période allant du 1er juillet au 30 juin de l’année suivante, un seuil maximum de loups pouvant être détruits afin de garantir le maintien de la population de l’espèce dans un état de conservation favorable. Ce nombre maximum de loups pouvant être détruit est défini chaque année en fonction des données du suivi hivernal de la population de loup fourni par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) qui indique les zones de présence permanente (ZPP), dont celles occupées par une meute, et une évaluation de l’effectif total de la population reposant sur une étude fiable et reconnue au niveau européen."                                                                                                                                                                                                             Compte tenu, entre autres, de la différence de comptes entre ceux de la Liste Rouge IUCN d’espèces jugées comme menacées et ceux du dernier bilan de l’ONCFS (voir notre note numéro 3) , et le fait que le loup n'est pas dans un état de conservation favorable,  il nous semble que le but du projet d’arrêté concerné est d’autoriser la chasse non comme une mesure préventive, qui autoriserait seulement la chasse et l’abattage des seuls animaux qui ont causé de sérieux dégâts, mais comme une mesure pour limiter le nombre d’animaux, et ceci en dessous même de la limite pour une meute saine. Nous sommes de l’avis que ce projet d'arrêté est donc en contravention de l’Article 16.1. de la Directive des Habitats. Nous encourageons le gouvernement et les autres parties concernées à examiner de plus près les intentions de cet arrêté et de contacter la Commission Européenne pour avoir plus de clarté sur l’interprétation de la Directive des Habitats avant de prendre le risque de se trouver devant la Cour Européenne de Justice. 
  12. Pour trois quarts des Français, le loup a sa place en France et 80 % de la population française affiche son opposition à « l’éradication totale du loup » (80%). Source:  IFOP 
  13. Tuer des loups est une solution à court terme pour un problème à court terme. La production de viande (surtout de bœuf et de mouton) n’est pas viable à long terme pour le bien de l’environnement et elle est une cause majeure du changement climatique. Ajoutez à cela que la demande pour la viande est déjà en réduction partout en France, que manger beaucoup de viande est mauvais pour notre santé et pour l’environnement et que cela pose des problèmes majeurs du point de vue éthique, le gouvernement devrait se concentrer sur la recherche de substituts convenables pour remplacer la viande dans l’alimentation au lieu de tuer des animaux sauvages protégés. Nous en parlons plus longuement dans l’avis que nous avons envoyé à la Commission européenne au sujet de la réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) (https://anti-speciesism.com/CAP-Public-Consultation-2017.php)

  14. Tuer devrait coûter, et coûter cher…. Si une préfecture ordonne l’abattage d’un seul loup ou de plusieurs, le chasseur ou l’association de chasse devrait payer cher le privilège et l’argent payé devrait être placé dans un fond pour la création de réserves et de parcs naturels pour les loups, ce qui inciterait le développement de l’écotourisme. La cause principale de conflits entre l’homme et le loup est un manque de place et de ressources alimentaires. Le programme de conservation des loups devrait faire partie, si ce n’est pas déjà le cas, du programme d’introduction de l’ours en France, puisque l’ours est le principal prédateur du loup.  La gestion ou la conservation de loups devrait être considérée dans un contexte plus large, celui de créer et de préserver un écosystème sain où toutes les populations d’animaux et de plantes sont également protégées.   

  15. La présence du loup en France devrait être considérée avec une attitude positive et utilisée ou exploitée comme telle. La voir comme un problème résulte en la tuerie et destruction d’éco-systèmes et de vie sauvage.  Je cite un site web “living with wolves.org" (vivre avec les loups) qui donne un bon exemple de comment aujourd’hui un nombre croissant de personnes se tournent vers la nature comme sanctuaire de la pression de la vie moderne. "Des études scientifiques en reconnaissent les bénéfices. Un rapport de la revue « English Nature” publié en 2003, intitulé La Nature et le Bien-être Psychologique cite des recherches qui démontrent que des personnes qui ont des rencontres régulières avec la vie sauvage jouissent d’une meilleure santé mentale que celles qui n’en ont pas. Dans un sondage MORI pour le “National Trust”, plus de 80% des répondants considèrent que des rapports avec la nature sont essentiels pour faire face au stress de la vie d’aujourd’hui. Aux Etats-Unis, des programmes pour retrouver la santé mentale offrent souvent des excursions dans des régions sauvages et les conseillers reconnaissent les effets thérapeutiques et anti stress du temps passé dans un milieu naturel." Il va sans dire que la chasse et le piégeage ne figurent pas dans ces programmes. Il s’agit d’observer, d’admirer et d’apprécier la vie sauvage.

"Les bénéfices psychologiques de la vie sauvage se traduisent aussi en bénéfices économiques. Aux Etats-Unis, environ 17 billions de dollars sont dépensés chaque année pour l’observation de la vie sauvage. Des vacances d’observation de la nature et l’éco-tourisme deviennent de plus en plus populaires. Il y a une prédilection particulière pour les espèces prédatrices; on estime que la réintroduction du loup dans le parc de Yellowstone apporte quelques 23 millions de dollars chaque année à l’économie locale, si fort est l’attrait de voir des loups dans un paysage sauvage. Les implications sont très positives, surtout pour les pays européens moins développés où vivent la plupart des grands carnivores qui n’ont pas été éradiqués sur le continent.

Même s’ils n’ont pas forcément besoin d’un environnement vraiment sauvage pour leur survie, les prédateurs au sommet de la chaîne tels que les loups et les ours sont devenus des symboles de la protection des dernières régions sauvages. La valeur de ce symbolisme commence à être plus largement reconnue, même dans le monde scientifique où l’on se met à parler du rôle de notre réponse émotionnelle au loup comme étant devenu le moteur principal de recherches scientifiques et de la conservation. Les raisons pour notre réponse émotionnelle sont multiples et complexes mais le fait que nous nous isolons de la nature dans notre vie quotidienne en contrôlant de plus en plus notre environnement nous rend schizophrène dans nos rapports à la nature. Nous recherchons ce que nous fuyons. L’auteur Edward Abbey résume notre attitude contradictoire envers la nature et les animaux sauvages ainsi: “Pourquoi est-ce que la nature sauvage nous attire? Parce que nous aimons le gout de la liberté. Parce que l’odeur du danger nous attire.” Sans les grands carnivores, “l’odeur du danger” est atténuée et l’on sent que la nature sauvage n’est plus réellement sauvage. A lui seule, cette constatation est une bonne raison de conserver ce qui nous reste de sauvage avant que ce soit complètement anéanti.

Il existe des arguments persuasifs pour la présence continue de grands carnivores et de leur proie herbivore. Si nous arrivons à réconcilier les besoins physiques, économiques et psychologiques des êtres humains et les exigences des loups, des ours et d’autres prédateurs, ce sera un bénéfice pour nous et pour eux ainsi que pour les maintes autres espèces avec qui nous partageons cette planète." 

A retenir : en détruisant la nature sauvage, dans toutes ses manifestations, nous courrons nous-mêmes à notre perte 

Source: Pourquoi avons-nous besoin de Grands Carnivores ? – Des loups et des humains…http://www.wolvesandhumans.org/articles/why_do_we_need_large_carnivores.htm



et enfin: le 
  •  CONSEIL NATIONAL DE LA PROTECTION DE LA NATURE  a donné un avis défavorable sur le 
  • projet d'arrêté par 13 voix contre le projet d’arrêté, 0 voix pour et 5 abstentions....


  • Jean-Jacques Rousseau a écrit que la nature « fuit les lieux fréquentés ; c’est au sommet des montagnes, au fond des forêts, dans des îles désertes, qu’elle étale ses charmes les plus touchants. » Choyons-la ! 


    Bournezeau, le 2 Juillet 2017



    Liens: 


    l'Avis du CNPN du 31 mai 2017 relatif au projet d'arrêté fixant le nombre maximum de loups pouvant être détruits pour la période 2017-2018.  :    Avis-CNPN-final-sur-arrêté-tirs-de-loup.pdf